|
|
|
|
Sénégal
1993
- 1995
Documentaliste
Mission : Formation-information
des volontaires -gestion de la documentation - communication
|
Au
départ, c'est un rêve d'enfant, mélangé
à une envie d'aventure, "d'anti-routine"
peut-être aussi une envie de fuir certains problèmes
(ça ce n'est pas une très bonne idée, car
les problèmes restent bien souvent
.).
A l'arrivée, les 6 premiers mois ont été
très très durs avec une très forte envie
de repartir. Je suis là, préparée à
la différence, mais en fait, je ne comprends rien, je
ne supporte rien : pourquoi le marchandage ? Ils gagneraient
beaucoup plus s'ils marquaient les prix ! Pourquoi les salutations
à n'en plus finir ? ça a l'air un peu hypocrite
Pourquoi
ces détours dans la conversation ? Pourquoi ils font
comme ça et pas comme moi ? |
Et
puis aussi des comment : comment faire pour acheter des draps
? comment faire pour trouver telle ou telle chose ? Je suis
perdue, mal à l'aise. Les autres volontaires déjà
en place ont l'air comme des poissons dans l'eau et moi je
rame pour comprendre, accepter et m'intégrer
Qu'est
ce qui me fait tenir ? Des Images d'Afrique comme dans
mes rêves : la brousse, les paysages, les villages,
les boubous multicolores, les sourires, la politesse des gens
j'en ai parfois le souffle coupé
manquerait plus
qu'une girafe traverse la piste
. Mais là, faut
pas trop rêvé !!! Et l'amitié aussi des
autres volontaires et peu à peu des africains. La danse
.
|
 |
Et
c'est comme ça que la magie opère et que
quelques mois après, je suis comme un poisson
dans l'eau moi aussi. Bon, pas complètement intégrée,
non. D'abord, il ne faut pas renier ses racines et pas
se leurrer : on reste le blanc
mais enfin, je
ne suis déjà plus considérée
comme un touriste, c'est déjà ça
!
La
vie s'organise : travail, qui n'en semble pas un,
car c'est plus une mission. On travaille sans penser
aux horaires de sortie, avec plaisir. Il y a bien quelques
tensions parfois, avec l'association, avec les autres
volontaires
. Mais globalement, c'est positif,
avec des responsabilités.
Les loisirs sont faits de fêtes, de week-end découverte
du pays, de ballades dans les marchés, de visites
des uns et des autres. Je trouve un équilibre
entre la France et l'Afrique, avec ce groupe d'amis
franco-africains. J'attends tous les jours les lettres
de France avec impatience (il n'y avait pas Internet
à l'époque !), les montagnes me manquent,
mais en même temps, au volant de ma 4L, je me
délecte du spectacle de la rue : les moutons
qui traversent, les couleurs des boubous, la musique,
la chaleur, les rencontres impromptues.
|
|
|
L'avantage,
c'est que je vis deux ans, un peu hors du temps et je peux
en profiter pleinement, sans me soucier du lendemain, des
assedics et du loyer.
Parfois,
les sollicitations permanentes des gens dans la rue me pèsent
aussi : j'ai envie de me recroqueviller et de me renfermer
dans ma coquille. Il faut savoir s'isoler, retrouver ses racines,
ne pas avoir honte de ses envies. Pour
ça, il y a ces soirées fromage-saucisson quand
un volontaire revient de France ! Les différences culturelles
sont là et bien là et on apprend qu'il n'y a
pas un modèle unique de penser, de faire et de vivre.
Et
puis, ça me sert à moi. C'est moi qui suis en
train de changer là ! Tiens, tiens ! Je ne pensais
certainement pas à ça en partant. Et bien si
je m'ouvre, je mesure l'importance du lien social, des relations
humaines. Je prends le temps
de dire bonjour notamment
.et
ça y est, moi aussi je me mets à faire des salutations
qui n'en finissent pas (quel choc avec ma mère qui
expédie un bonjour au téléphone pour
savoir vite si je mange, si je ne suis pas malade
).
Le
retour est difficile. C'est un retour mais dans un monde
qui me semble inconnu. Il faut encore essayer de s'intégrer.
Une ou deux questions de la famille et des amis : " alors,
c'était bien là-bas ? ". Pas le temps de
répondre pleinement, ils sont déjà passés
à autre chose, à ces petits soucis quotidiens
qui finalement vont vite reprendre le dessus. On le sent bien
ça et on veut le refuser. La tentation de repartir
est forte. On essaye de résister au stress et à
la mauvaise humeur collective
On garde quelques amis; pour les autres, le décalage
est trop grand : chacun a vécu son histoire et c'est
dur de recréer le lien.
|
|
|
Je
suis parfois en colère , désespérée
par tout ça : mais que faire ? Ne pas se prendre la
tête avec des choses qui nous dépassent, avancer
et faire un petit quelque chose quand même. ça
servira bien à quelques personnes
Je
me rapproche donc plus des anciens volontaires, l'impression
d'être sur la même longueur d'onde, de mieux se
comprendre, de faire partie de la même famille.
Finalement, après quelques années, la vie de
tout le monde a repris ses droits
. Mais tout de même,
j'ai changé au plus profond de moi. J'essaye de privilégier
les relations humaines. Je m'engage, je suis plus citoyenne,
plus tolérante, plus écolo
.
Pas un jour sans que je ne pense à Dakar, à
ce que j'ai vécu là-bas.
|
Ma tante a vécu aussi en Afrique quelques années.
La veille de mon départ, elle m'avait dit : tu verras,
ce seront les plus belles années de ta vie. Les plus
belles , je ne sais pas mais les plus marquantes en tout cas.
J'apprends
peu à peu : pas tous gentils les africains
comme les français finalement
. La coopération
: pas si belle que ça, plutôt intéressée.
Et j'ai l'impression que tout ça ne sert à rien,
que l'Afrique ne s'en sortira jamais, peut-être même
qu'on fait des erreurs, qu'on est en train d'enfoncer le clou
en intervenant, en intervenant selon notre modèle occidental
.L'impression
de n'être rien face aux enjeux politico-économiques
mondiaux
Il faudrait un Dieu qui de là-haut refasse
la donne, avec égalité. Et ça, ce n'est
pas possible.
|
|
IMPRESSIONS-SOUVENIRS
Premières
impressions en sortant de l'aéroport : ouf ! on est
venu m'accueillir et on m'extirpe de la foule de mendiants
et de chauffeurs de taxis tant bien que mal. On roule dans
Dakar, c'est la nuit, on emprunte des routes chaotiques, des
raccourcis pas très catholiques
je ne vois rien,
je sens la chaleur humide et j'entends les gens parler, les
moutons bêler
Première nuit en brousse : bien en sécurité
sous ma moustiquaire, je ne crains pas toutes ces petites
bêtes qui bougent dans la nuit et je savoure l'instant
: je suis au milieu de nul part et j'ai envie de crier de
joie !
Tiens, je suis à un feu rouge au volant de ma 4L et
à coté de moi, qui attend sagement aussi, un
cheval
..(qui tire une charrette bien sur ) !!!
Réveil au chant du muezzin : le rappel heureux
que je ne suis pas chez moi, mais quel bonheur de vivre ça
!
|
|
|