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Mali

 

Bercée toute mon enfance par des lectures et autres témoignages sur l'Afrique, mon désir le plus profond était de partir.
Il faut dire que c'est un vieux virus familial, car de nombreux membres de ma famille avaient déjà ouvert la route en tant que coopérants et missionnaires Pères Blancs.

Partie en 1974 le jour de mes 23 ans, je débarquais à Bamako dans la moiteur de la fin de la saison des pluies. Là, j'oubliais très vite les idées préconçues, l'image d'Epinal.
Tout d'abord, le choc physique, chaleur, bruit, foule, couleurs multicolores, j'étais comme une enfant devant un spectacle qui n'en finissait pas.

Alors, j'ai pris la plume et j'ai écrit, deux à trois lettres par jour à mes proches. Comme j'aimerais retrouver ces lignes, elles exprimaient tout naturellement et simplement ce que je ressentais.

En survolant Gao, là où je devais rester deux ans, j'ai eu une sensation de vide, il n'y avait rien, quelques cases en banco et c'est tout.

Très rapidement, j'ai découvert que je m'étais trompée et les premiers vrais contacts avec les maliens se sont établis, tout d'abord au sein de l'hôpital où je devais théoriquement travailler au service de radiologie.
Abdoulaye, mon "aide", n'avait pas besoin de moi franchement. C'était un homme intelligent, travailleur et tout à fait capable.

Alors avec Denise, assistante sociale arrivée en même temps que moi, et Mato, notre mère sur place, nous faisions de l'éducation nutritionnelle et sanitaire auprès des enfants.
Tous les matins, nous faisions le marché avec un budget de 5 à 10 francs, nous achetions quelques condiments, la viande ou le poisson nécessaire pour la préparation de la sauce que nous accommodions aux farines données par l'Unicef.
La situation nutritionnelle de la population, surtout chez les enfants, était très délicate. A cette époque, nous étions en période de grande sécheresse au Sahel.

Ces contacts et ces échanges journaliers avec les mères, les enfants, le personnel hospitalier étaient très enrichissants pour nous. Par exemple, l'approche philosophique de la vie et de la mort est tellement éloignée de notre conception d'européens.

Josette, sage femme, partageait avec Denise et moi une grande maison et je veux dire que cette expérience de vie communautaire a représenté pour moi une cohabitation idéale. Nous gardons d'ailleurs des liens épistolaires.
L'Afrique au sens large du terme est excessive, c'est à dire que lorsqu'il fait chaud la température monte à 40°, s'il pleut les pluies sont torrentielles, si vous faites la fête vous mangez et buvez à l'excès, si vous dansez c'est pour la nuit, si vous êtes pauvre vous ne possédez vraiment rien.

Ce n'est pas toujours facile de garder les pieds sur terre, on se laisserait quelquefois aller à l'excès, j'avoue que j'ai eu du mal à tout "gérer". L'Afrique nous "mangerait" facilement ; c'est pourquoi 25 ans après mon retour, je garde des souvenirs impérissables qui m'ont marqué pour le restant de mes jours.