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Les
funérailles peuvent être célébrées
immédiatement après le deuil ou 20 ans après.
Ce sera le dernier moment où l'on pensera au défunt.
Ce sont des fêtes beaucoup plus joyeuses que les deuils.
Je
préfère les deuils par dessus tout. J'aime leur
sérénité, leur quiétude, leur
simplicité. Dès qu'une mort est annoncée,
tout le quartier va se retrouver dans la maison du défunt.
On va consoler la famille. On vient apporter ses condoléances.
Il faut avoir vécu ces moments, au village. Etre parmi
ces 20, 30 ou 40 personnes assises silencieusement au crépuscule.
Venus pour témoigner leur solidarité, leur compassion.
Oui la mort existe. Nous même nous mourrons tous. Mais
la vie continue. Avec nous ; avec toi. J'aime cette atmosphère
sereine face à l'existence où l'homme est conscient
de sa vulnérabilité, de son humanité,
de son humilité.
La
mort viendra ; pourquoi la cacher, feindre de l'ignorer ?
J'aime ces moments de quiétude où l'homme est
dépouillé, égal à lui-même.
Entouré par sa famille, ses amis venus essuyer ses
larmes. Face à l'inacceptable de la mort, tu trouveras
le triomphe de la vie.
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Mon
grand-père maternel est mort vers la fin de mon séjour
à Bangangté. Nous avons fait son deuil au Cameroun.
Dès le lendemain de la nouvelle, la paroisse est venu
me visiter, me présenter ses condoléances. Une
soixantaine de personnes dans ma concession. Mon grand père,
un éminent professeur de Bulgare à l'université,
a certainement imaginé que l'on ferait son deuil en
France et en Bulgarie, mais je doute qu'il ait songé
qu'on puisse aussi le faire au Cameroun. Ma famille - ma paroisse,
mes collègues, mes amis - sont venus me visiter. Ainsi
va l'Afrique.
Les funérailles sont assurément plus fastueuses,
plus joyeuses que les deuils. Elles seront programmées
longtemps à l'avance, durant la saison sèche,
pour éviter les désagréments de la pluie.
Tous les frères, les oncles, les soeurs, les cousins
se retrouveront au village pour honorer une dernière
fois la mémoire du ou des défunts. Chaque veuve,
chaque fils organisera une réception dans sa maison
au village, dans sa concession. Il faut s'imaginer tout un
quartier en fête. Dans chaque maison, dans chaque case,
les funérailles seront là. Nous allons danser,
nous allons boire et manger, nous allons lamenter le défunt.
Je
retrouve dans les funérailles l'atmosphère d'un
tableau de Delacroix " Noces juives à Tanger
". Une impression de communion, de communauté.
Ou l'impression que dégage " Le banquet
" de Bruegel ; une fête populaire où l'homme
renoue avec ses ancêtres, sa joie de vivre.
J'ai pu vivre durant ces deux années dans un océan
de convivialité. Un océan omniprésent
au point d'oublier qu'il existe un rivage, qu'il existe d'autres
contrées où cette convivialité a pu être
troquée contre des chimères. Lors de mon retour
en France durant les congés, après un an passé
au Cameroun, cette perte subite de tout cet océan a
été l'aspect le plus pénible de mon retour.
Débarquant à Roissy, je prenais le RER et j'avais
l'impression de mes retrouver en Allemagne ou en Suisse, au
milieu d'une société réglée, minutée
; je ne retrouvais plus l'indocilité, l'insolence qui
donne à la France ce supplément d'âme.
Dans un monde où l'efficacité des actions, la
fluidité des échanges a pris le pas sur la profondeur
et la qualité des relations je me sentais subitement
orphelin de tout ce réseau de relations qui me portaient
au Cameroun, grelottant après avoir été
extrait de cet océan de convivialité.
Par
bonheur j'ai pu rapidement regagner l'Ardèche et retrouver
cette lenteur paysanne, cette sagesse rurale, cette convivialité
nourrie des aspérités de la vie. Je ressentais
plus ou moins confusément ce que j'avais ressenti en
arrivant au Cameroun : la parenté de ces deux milieux
ruraux, de ces mentalités villageoises forgées
avant l'omnipotence de la technique.
La
convivialité au sein de laquelle j'ai été
plongé est certainement un des aspects qui m'a le plus
enchanté. Perdre le temps au bar devant une bière,
à regarder les convives plus ou moins excités
par leurs libations, déblatérer sur les voisins,
raconter un peu n'importe quoi sans souci de vraissemblance.
Jouir du plaisir de passer un moment ensemble tout en colportant
les potins du jour, tout en se moquant de la vie. Goûter
à ce plaisir si simple sans chercher de complications
ou de raffinements inutiles. Etre au milieu d'eux. Siroter
une bière, tard le soir, assis sur un banc, tout en
mangeant des brochettes au milieu de quelques phrases. Perdre
le temps ensemble dans une pièce mal éclairée
quand la clameur des balafons et les halos de poussière
rouge dispersés par les danseurs envahissent la case.
Partager un verre de vin de raphia, assis sur des tabourets
en bambou, dans la concession du père. Danser le ben-skin
sans se soucier de l'exactitude des gestes. Partager une noix
de kola en signe d'amitié. La convivialité de
la brousse m'a porté de deuils en funérailles,
de rencontres en baptêmes.
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