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Et
puis, lidée de vivre « en brousse »
- ou plutôt « dans les collines », au Burundi
- sans électricité, sans eau chaude, donne au
voyage un petit côté « aventure »
qui ne me déplait pas.
Et puis, ça y est, cest lau revoir à
la famille, lavion. On a bien potassé sur le
Burundi, le climat, la géographie, la culture, mais
on sen prend quand même plein la vue en arrivant
: la chaleur qui nous tombe dessus, les couleurs des vêtements,
le nombre denfants dans les rues, les chaussées
défoncées, les marchés. Ca y est, en
quelques minutes, on est dépaysé. Cest
super !
Ensuite,
cest linstallation : la maison de village
« en dur » mais en mauvais état quil
faut retaper (trouver les artisans, les faire travailler).
On fait les marchés de la région, rayon plomberie
et construction. Ca nous change du tourisme !
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En
parallèle, on démarre le projet. Cest
un projet dappui au développement communal qui
a de nombreux volets : recensement et aménagement des
sources, éducation à la santé (eau potable),
construction dun hôpital, aide des communes au
montage de projets dans les domaines de léducation
et de lartisanat.
Au
début, ça part sur les chapeaux de roues. Les
administrateurs communaux sont très contents quon
soit là et sont pressés de démarrer les
projets. Alors, avec linstallation en plus, on ne chôme
pas !
Peu
à peu, on sinstalle dans la vie du village.
Les commerçants, les fonctionnaires nous connaissent
et on discute bien avec eux. Avec les paysans, cest
plus difficile parce quils parlent kirundi. Mais quel
plaisir, quand on a eu appris quelques rudiments, de pouvoir
parler avec eux ! Certains ont vu tellement peu de blancs,
quils en ont peur et fuient à notre approche.
Les enfants crient : « Muzungu ! » (le blanc)
dès quils nous aperçoivent ; ça
fait bizarre mais on shabitue.
Le
projet avance. Pas toujours exactement comme on voudrait.
Les financeurs ont trop dargent à mettre, trop
vite par rapport à ce quon voudrait mettre en
place et à limplication des acteurs locaux. Et
puis, avec les gens qui travaillent avec nous, il y a quelques
problèmes de détournement de ciment. Mais doucement,
tout doucement, on a limpression que la réflexion
des responsables du village avance. Pourvu que les élections
présidentielles démocratiques prévues
en juin ne viennent pas tout gâcher. On sent en effet
des tensions dans le pays. Le parti Frodebu, à
dominante hutue, risque bien de gagner et de détrôner
le parti Uprona, tenu par la minorité tutsie, au pouvoir
depuis le départ des colons belges.
Ca
y est, cest le mois de juin. On assiste aux élections,
bien organisées et
démocratiques ! Résultat
: ce qui devait arriver est arrivé :cest un hutu,
Melchior Ndadaye qui a pris la présidence. Nous, on
a eu un peu peur des représailles tutsies mais non,
il ne se passe rien. Juillet, août passent. Les hutus
remplacent peu à peu les tutsies dans les postes administratifs
et politiques. Pour nous, pour le projet, ce nest pas
toujours très facile à gérer mais bon,
cest comme ça.
Septembre
passe, le projet continue.
Et
puis, dans la nuit du 20 au 21 Octobre 1993, ça fait
un an quon est là, ça pète. On
dormait dans la capitale (à la case de passage de lassociation)
et on est réveillé en pleine nuit par des tirs
de canons et de mitraillettes.
Au
matin, interdiction de sortir de la maison. Il y a des militaires
plein les rues, la radio et le téléphone ne
fonctionnent plus. On apprend à 18h quil y a
eu un coup détat, que Ndadaye a été
tué. Et cest la spirale qui commence. On apprend
que dans les collines, les hutus massacrent les tutsis en
représailles. Nous, on a peur pour les autres volontaires
qui sont encore dans les collines. Que leur est-il arrivé
? A quelles horreurs ont-ils assisté ? Tous les
jours, des volontaires européens réussissent
à rejoindre la capitale et nous racontent les massacres.
Cest horrible.
Le
pays sinstalle dans une situation durgence. Croix
rouge, camps de réfugiés, militaires. En tant
que volontaire, on essaie daider mais ce nest
plus du développement. Et il y a tellement de contradiction
dans cette aide humanitaire quon est un peu dépourvu.
On nétait pas venu pour ça.
15
jours après le coup détat, on réussit,
escortés par un prêtre et des militaires, à
retourner chez nous, pour récupérer nos affaires.
Mais il ny a plus rien à récupérer.
Les maisons voisines ont été brûlées,
la notre a été vidée de fond en comble.
On se sent vide. Les gens quon connaissait ont disparu.
Sont-ils morts ? Ont-ils fui ? On na plus rien à
faire ici.
Alors on est rentré en France. Avec un grand sentiment
de gâchis. Et de solitude. Qui, en France, va sintéresser
à ça ? Pas grand monde. Juste quelques minutes
dans une soirée ou dans un repas pour raconter brièvement
la guerre burundaise. Et le quotidien reprend le dessus. Mais
moi, je nai pas oublié. Et je me pose toujours
la question : quaurais-je fait si des tutsies mavaient
demandé de les cacher ?
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