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Burundi
Décembre 92, novembre 1993
Formation DUT Génie Civil
Mission : Appui
au développement communal
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Sortie
de l'aéroport, quelques volontaires de la capitale sont là
pour m'accueillir. Pas facile de se dire que je vais assumer pendant
2 ans une mission pour laquelle je ne me sens pas forcement préparé.
Construire en Afrique
moi qui n'ai jamais ou si peu construit
en France !
20 kg de bagages et beaucoup de théorie en supplément.
Comment se comporter avec tous ces gens ? Ne pas froisser les susceptibilités
des Africains ? Intégrer le groupe des volontaires ? C'est
durant les 20 km qui séparent l'aéroport de la ville
que je retrouve les premières motivations de mon départ
: découvrir quelque chose de différent, m'immerger
pendant quelques mois dans ce que j'espère être une
"aventure".
Pas de case, ni de désert à l'horizon, pas d'éléphant,
ni de lion, pas d'enfant affamé
mais des champs verdoyants
avec des femmes aux pagnes multicolores, quelques troupeaux de vaches
à grandes cornes, les collines en arrière-plan, la
chaleur humide, le bord du lac et cette capitale où l'on
cherche les immeubles, les feux rouges
Moi qui suis venu pour le dépaysement, je ne suis pas déçu,
mais quel travail va-t-on me demander et vais-je y arriver ?
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LA
MISSION
Finalement, je me rends vite compte que l'on attend plus de
moi une capacité à fédérer des
compétences, à gérer un budget , à
identifier des besoins et à les prioriser, en accord
avec la collectivité. Le volet technique est bien secondaire.
Pas facile de travailler dans un contexte social qui n'est
pas le mien, de faire avancer la collectivité pour
satisfaire des objectifs ambitieux, fixés à
échéance de deux ans.
Dans un contexte social troublé par une guerre civile
avérée, la construction d'écoles et de
centres de santé n'en finit pas de démarrer.
Les priorités changent, les villageois pensent à
sauver leurs vies et je leur propose des programmes à
échéance de 6 mois à 1 an , avec en toile
de fond l'amélioration du taux d'alphabétisation
du pays ou des soins de santé primaire.
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Pourtant
ma présence reste un indicateur. Tant que je suis
là pour parler de demain, c'est que demain existe,
c'est que les "blancs" croient encore à la
stabilité du pays.
Alors les satisfactions, on les trouve ailleurs que dans les
inaugurations des salles de classes
c'est l'accueil
d'un artisan quand on revient sur une zone de troubles, c'est
les heures consacrées à un maçon pour
une formation improvisée, c 'est la présence
de tous lors d'une soirée organisée, c'est ce
mariage qui a eu lieu envers et contre tout parce que la vie
continue
.
Bref,
je commence à sentir que ma présence en soi
signifie quelque chose et je trouve toute la motivation qui
me fait rester malgré les désillusions dans
le travail.
Je repense alors à ces Images de l'Afrique malade que
l'on voit au journal de 20 heures. On les voit si vite que
l'on n'aperçoit pas derrière tous les maux qu'il
reste souvent l'espoir et la volonté d'avancer.
Mes
premiers mois, obnubilé par une soif de découverte,
ne m'ont pas permis de comprendre toutes les tensions cachées
de ce pays. Je découvre dans les conflits toutes les
animosités interethniques, tout ce passif de haine
accumulé depuis la colonisation.
Je
me sens tellement à coté de la plaque ! 6 mois
dans le pays, l'illusion d'être intégré
et je n'ai finalement rien compris! Je ne sais pas si je peux
dire que j'ai été intégré un jour.
Cependant, ma présence au cours du conflit a conduit
la collectivité à me faire une place, sur ce
petit coin d'Afrique où les gens sont réputés
réservés.
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LE
RETOUR
Mon expérience n'intéressera finalement pas
grand monde !
Ma famille, tout à la joie de mon retour me pousse
plus à reprendre rapidement mes marques et mes repères
dans une histoire qui a continué sans moi.
Mon histoire à moi, je l'ai vécu sans eux.
Les passerelles sont étroites et personne ne prend
le temps de les emprunter. Une photo, une anecdote attirera
l'attention, un peu comme le traitement de l'actualité
africaine à la télé.
On n'a pas le temps, ni la possibilité de comprendre
alors on se contente d'idées chics et d'Images chocs.
Moi je sais que cette histoire m'appartient, à moi
et à tous ceux qui ont croisé mon chemin là-bas.
Je suis différent depuis ce passage et pourtant ce
que je fais aujourd'hui j'aurais pu le faire sans aller en
Afrique. Mais je suis différent car je connais mieux
la nature humaine, j'ai un profond respect pour la différence,
je me sens riche de toutes les rencontres que j'ai faites.
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