|
Un
soir, Hippolyte arrive à la maison. Après les
salutations dusage où, entre autre, tout va bien,
il minvite à la cérémonie pour
lenterrement de son grand-père, samedi prochain.
Euh, je bafouille, présente mes condoléances
: tout nallait pas si bien que ça et bien sur,
je nai rien perçu. Bon, une gaffe pouvant en
cacher une autre, je me promets dêtre vigilante
le jour de la cérémonie.
Mais,
qui est Hippolyte ?
Un instituteur de Porto Novo, père de 2 enfants à
lépoque, catholique, fils aîné de
bonne famille. Il a donc tous les atouts pour être le
maître de la cérémonie. Et pour moi, cest
aussi un ami qui est curieux, ouvert, que je sollicite souvent
pour mexpliquer tel proverbe, tel comportement de ses
compatriotes, telle situation obscure pour moi. Nous causons
souvent ensemble de politique, de pédagogie, de religion,
de vaudou quil considère comme balivernes.
Samedi
matin, le ciel est couvert au village ; la famille arrive,
ambiance de fête : le vieux a bien rempli sa vie. Hippolyte
me croise, tranquille :
« jai payé le faiseur de pluie, il ny
aura pas de problème », me lance-t-il à
la cantonade.
Je
lui réponds avec un sourire sous-entendu de celle qui
a compris la boutade : « cest ça !
».
Une
heure passe, le ciel sobscurcit brusquement, crac, coup
de tonnerre, orage, il pleut à verse. Voilà
de quoi taquiner Hippolyte tout à lheure
Effectivement,
lorsque la pluie cesse et quHippolyte vient prendre
des nouvelles de ses convives, je linterpelle :
« Dis donc, ton faiseur de pluie, il nest pas
fameux
».
Et lui de mexpliquer, le plus sérieusement du
monde :
« Le coquin, il nétait pas trop daccord
sur la somme que je lui ai donnée mais il ne ma
rien dit. Il sest caché et il a provoqué
la pluie. Je lai cherché fatigué et quand
je suis parvenu à le trouver, jai glissé
le billet et la pluie a cessé aussitôt. Tu sais,
cest aussi ça lAfrique
».
|

|